Documentaire Cécile Denjean "princesses-pop-stars-girl power" 10 nov. 2014

La chaîne de télévision Arte a diffusé un excellent documentaire de Cécile Denjean dont vous trouverez ci-après un résumé.L'idée : Être une fille c'est formidable De là, les marketeurs vont transformer le besoin de s'identifier en tant que fille -se faire belle - en addiction. Cette culture des filles commence dès la plus tendre enfance : on leur vend la « planète rose » depuis 1957, clivant filles et garçons et faisant doubler les ventes (ex : vélo rose pour les filles, bleu pour les garçons) Princesse devient le mot magique pour s'adresser aux filles et on le matraque jusqu'à contaminer totalement la planète rose (26000 produits dérivés Disney).

Autre symbole de la girl culture, la poupée Barbie, qui bien que révolutionnaire au départ -femme indépendante- exacerbe la féminité et invite à s'en servir comme d'une arme pour battre les hommes.

Aucune étude ne montre que c'est mauvais, mais des études montrent en revanche que plus les filles sont exposées aux média plus elles cherchent à être sexy. Et les études montrent aussi que les ados obsédées par la séduction seront moins amitieuses et elles ont plus de chance d'être déprimées. 

Créer un autre modèle de féminité fut un temps le challenge d'American girls, poupée ayant le corps d'une fillette de 9 ans avec comme valeurs la confiance en soi et la fierté. Racheté par Barbie, le discours progressiste est vite détourné et par l'effet miroir de la poupée customisable, les filles se focalisent toujours sur l'apparence et s'entraînent à jouer le rôle que l'on attend d'elles : être une fille bien.

En grandissant les petites princesses sont conduites vers une première mutation : la pop star.

Le marché exploite le filon de la mignonne et gentille jeune fille qui devient célèbre, celle qui ne fait pas peur aux parents mais a assez de cran pour donner envie aux filles de s'y identifier (référence à Anna Montana)

Et ensuite c'est réglé, à 15/16 ans, deuxième mutation : la bombe sexuelle qui en se déshabillant passe à un public adulte (Miley Cirus), la sexualité comme marchandise.

Difficile de grandir sans sortir de la vieille opposition : la vierge ou la putain,

Même la révolte des filles début 90 a été récupérée : des « Riot girls »  féministes pop rock réclamant la révolution avec leur musique, sont nées les « Spice girls » conçues pour plaire et faire vendre, et laissant la révolte aux oubliettes. Et cela a représenté le summum du Girl Power ! 

Alors que le féminisme fait peur, le Girl Power nous dit ce que nous voulons entendre :

  • Les femmes ne sont pas des victimes
  • Elles sont puissantes
  • C'est fun d'être une femme
  • L'égalité n'est pas loin
  • Il n'y a plus de lutte féministe

 Le Girl Power donne même naissance à une nouvelle stratégie d'émancipation,  être ultra féminine, et devient le moyen le plus branché de surmonter les clichés sexistes (illustré par le film La revanche d'une blonde).

D'où le féminisme de la seconde vague : j'ai le droit d'être féministe et je dois être féminine.

En bref, je fais la guerre avec mes talons, il n'y a plus d'autre choix que d'être sexy. C'est donc le retour en force de la femme objet, avec des limites désormais très floues entre sexy et pornographie puisque la provocation fait vendre (cf clip Blurred Lines)

Malgré toutes les avancées féministes, la soumission de la femme à l'homme reste ancrée et la liberté « prête-à-porter » que le marché nous vend rend la lutte superflue.

Ni princesses, ni soumises les filles de la vie réelle doivent lutter pour ne pas se laisser piéger parce que le monde est bien plus vaste que la planète rose !

Intervenantes :

  • Rebecaca Hains, the princess problem.
  • Nancy Huston, Ecrivain (the pink project)
  • Anne Daffon Novelle, Docteur en psychologie
  • Jennifer L. Pozner, critique media
  • Dina Golstein, photographe (Falling princess)
  • Armelle Le bigot Marcaux, études marketing ABC+

http://www.arte.tv/guide/fr/047550-000/princesses-pop-stars-girl-power